A refaire et vite!!!

Publié le par Eve

Sabah il Ward !

 

         Cela fait presque un mois que je n’ai pas donné de nouvelles. C’est signe qu’une routine se met en place et que je prends vraiment mes marques, que les choses deviennent habituelles et plus surprenantes…

         La situation s’est calmée, mais reste identique : enfermement, humiliation…

Après l’attentat de Jérusalem, il y a eu des représailles ici, bien entendu ! Des maisons détruites mais aussi et surtout l’assassinat de 4 palestiniens en fin de journée le mercredi. A ma grande surprise, ½ heure après le meurtre, la TV en parlait. Sur France 24, nous avons pu voir des images, un vrai carnage… cela s’est passé devant le magasin du mari d’une collègue d’Emilia, il a été choqué. Les 4 hommes, entre 25 et 30 ans, auraient été des activistes. C’est quoi des activistes ? Des terroristes ? Ils étaient connus par beaucoup de notre entourage. Assad, un réceptionniste, les connaissait tous les 4. L’un d’eux été le voisin d’un laborantin. L’autre était un ami de Joseph… Enormément de monde a assisté aux funérailles. Pour ma part,  je me suis rendue l’après midi, sur la place de la Nativité. Une grande tente avait été installée pour les condoléances. La tente pour les hommes et une pièce du peace center pour les femmes. Beaucoup de monde était encore là, il y avait un va et vient incessant. Un homme avec qui j’ai discuté, m’a expliqué qu’habituellement les condoléances se font au domicile de la famille. Mais là, il s’agit de 4 personnes en même temps considérés comme « martyrs », donc cela se fait publiquement. La journée a été calme, le lendemain, il y a eu quelques pneus brulés près de la tombe de Rachel, mais rien de ce qu’on pouvait imaginer. Le soir, nous fêtions l’anniversaire de Manu. Zouzou était présent. Il était très affecté. Ça renvois toujours plus à la situation dans laquelle ils vivent tous. Il pensait à Linda, sa femme, et Lucine, leur fille d’un an 1/2. Il se demandait ce qui se passerait s’il les perdait, lui qui a déjà perdu son père à cause de ce conflit. Que répondre ?? Malgré la situation, nous avons bien profité de la soirée, la dernière avec Manu qui repartait la nuit suivante après trois mois passés ici. Nous avons fait découvrir à Magdalen, notre coloc’ anglaise et à Zouzou le jeu « jungle speed ». Et comme toujours nous avons bien rit. Mais l’insouciance n’a qu’un temps. Un coup de fil à Joseph a suffit pour jeter le froid dans la maison. Son frère, Bachir, le prévenait que les soldats israéliens étaient près de chez lui. Linda et Lucine étaient en sécurité avec Majeed et Bachir. Mais Zouzou ne savait pas s’il allait pouvoir rentrer. Il  a été question qu’il dorme à la maison et au dernier moment, il a voulu rentrer chez lui. Yann et moi l’ont accompagné, au cas où il aurait fallu justifier sa présence à l’extérieur. Autant vous dire que c’était glauque : pas un chat dans les rues, un jeudi soir ce n’est pas courant… Sur la route, joseph s’est excusé 10 fois, comme si il y était pour quelque chose. Il nous disait aussi « que ça ne devrait pas être comme ça, ce n’est pas une vie ». C’est vrai ce n’est pas une vie, c’est une survie, et pour quoi ?

Nos soirées ne sont maintenant plus rythmées au son des coups de feu et des explosions, des coups de fils annonçant que les israéliens détruisent une maison, qu’il y a eu un meurtre ou un attentat. Je reste amer par rapport à ça. C’est passé, on laisse faire que ce soit les palestiniens ou le monde, il y a de la résignation… je deviens blasée au bout de 6 mois, c’est grave docteur ?

 

         Bon sinon, parlons de choses plus gaies !! Le mois dernier a été chargé en découvertes. En voici le récit !!

         Samedi 9 mars, un vrai week-end : un samedi et un dimanche sans travailler et surtout sans sortir de nuit ! Cela faisait bien longtemps… autant dire que j’en ai bien profité.

Le samedi, comme un samedi sur deux, l’Ecole biblique organisait uns sortie. Initialement, la visite d’Hébron était prévue. Mais vu les évènements des jours précédents, elle a été annulée. A la place, il nous était proposé d’aller à Césarée Maritime, située entre Tel Aviv et Haïfa. Accompagnée d’Emilia et de Caroline, nous nous sommes rendues au point de rendez vous et après quelques arrangement tout le monde a trouvé de la place dans une voiture. C’était la dernière excursion d’Agnès, volontaire DCC à l’école biblique, qui depuis deux ans, organisait ces sorties. Elle est maintenant retournée en France : Bon vent Agnès et merci !!!

Césarée Maritime est un site archéologique très vaste qui permet de découvrir les vestiges du palais d’Hérode et de la ville qui a construite autour (cirque et hippodrome compris !!). C’est au bord de la mer et on avait le soleil et la chaleur estivale, on se croyait en vacances. La visite dirigée par Agnès, architecte de formation, et le frère Grégory, était très intéressante. Ce qui m’a surpris c’est que le site et les vestiges ne sont pas plus protégés que ça. On peut marcher sur les mosaïques et l’air de la mer n’est pas évité. Autre surprise : nous étions près de Tel Aviv. Ah oui ça parait débile mais ça change beaucoup et surtout les mentalités. La culture est très, très différente de celle des territoires. Par exemple, on croisait des filles en débardeur, le ventre à l’air, avec des décolletés très plongeants. Et ben après 4 mois en Palestine, ça CHOQUE !!!!!!

Après la visite, nous sommes allés mangés sur la plage avec en décor un très long aqueduc. Ce fût une journée très agréable, à refaire !!!

En rentrant, nous nous sommes perdus dans un quartier assez spécial… Méa Sharim, quartier juif ultra orthodoxe. Comme ça, ça paraît anodin mais je précise que nous étions samedi, vers 17h-17h30 donc que le jour était encore présent. Et donc nous étions encore pendant shabbat… et ben  c’est une expérience intéressante, à vivre une fois dans sa vie, mais qu’une !!! Pour ceux à qui ça ne parle pas, revoyez le film Rabbis Jacob. Vous imaginez des centaines de Louis de Funès, les papillotes soignées de sorties, leurs femmes péruquées et leurs bambins par dizaines. Le tout dans un décor en noir et blanc, car oui on ne peut pas dire que la mode de ces gens soit très gaie : « tiens qu’est ce que je vais mettre aujourd’hui ? Ma jupe noire ou… ma jupe noire ?? ». Qui dit samedi, dit shabbat, qui dit shabbat, dit interdiction d’utiliser sa voiture, l’électricité. Nous étions donc seuls dans notre voiture, et autant dire qu’on se sentait bien seuls !! Les familles étaient à pied et se permettaient de marcher au milieu de la rue, le quartier, ce jour là, étant bouclé. Pas de chance nous avons trouvé la faille !! Mais le problème a été de retrouvé la sortie… à un moment, nous sommes arrivés à un carrefour, sans doute le point de rendez-vous de la journée. Une jeune femme a accepté de nous aider et de nous montrer où nous étions, mais nous avons encore tourné plusieurs minutes qui ont paru une éternité. Les gens nous gueulaient « shabbat, shabbat », mais refusaient de nous adresser la parole. Oui c’est ça « shabbat shalom, co….. » (Shalom signifie paix…), on voudrait se barrer, mais si personne ne nous aide, abruti… Je pense que si la route n’avait pas été goudronnée on se serait pris des cailloux ! On n’est quand même bien chez soit !!

         J’ai partagé mon dimanche avec Hamsa, une « cleaner » de l’hôpital. Elle m’a invité a partagé un barbecue chez elle. J’ai eu la surprise de retrouvé Wafa, une lingère qui s’est révélée être sa belle-sœur ! Il y avait aussi les 4 enfants de Wafa. J’ai cuisiné avec Hamsa puis sous la houlette de Wafa qui veillait à la taille des morceaux de concombres dont j’avais la charge !!! L’après midi, la panse bien remplie, nous sommes tous allés bous promener dans la campagne de Beit Jala. J’ai été couverte de fleurs par les enfants qui ramassaient des coquelicots et des fleurs des champs par poignées. Une journée comme je les aime ! À refaire, et vite !!!

         Dimanche 16 mars, dimanche des rameaux, jour de fête ! Tout le monde s’est libéré et nous partons pour la procession de Jérusalem. Petite attente au check point car nous sommes accompagnés de Yan, un anglais qui restaure les icônes dans une église orthodoxe, et de Tamar, un palestinien. Beaucoup de palestiniens chrétiens ont eu une permission ((non accordé au musulmans…) mais ils doivent passer par le check-point piéton pour se faire enregistrer.

La procession part du haut du mont des oliviers, à Béthanie. Il y a beaucoup de monde, c’est très coloré, chantant. Le chemin nous amène jusqu’à Sainte Anne. Le patriarche fermait le cortège. I la fait un discours à Sainte Anne mais le bruit ambiant couvrait ses mots. Nous sommes rentrés contents. Ça changeait de l’ambiance tendue des derniers jours. Les gens étaient contents d’être là, heureux de vivre. Ça respirait la joie. Mais de retour à Bethléem, nous retrouvons le doux bruit des explosions…

         Semaine Sainte, les chrétiens sont en effervescence et plus particulièrement mes colocataires qui ne savent plus où donner de la tête avec tous les offices, veillées et autres processions. Pour moi ça se sera arrêté le jeudi saint ! J’ai participé à la veillée avec Marie à Gethsémani. Ça m’a paru interminable, incompréhensible (seuls 2 textes ont été lu en français). Le symbole était beau, tout ces gens réunis pour la même chose. Mais à choisir je vais à un concert, y’a plus d’ambiance !!! Ensuite, il y a eu une procession jusqu’à Saint Pierre en Galicante.

         Pour moi pâques à surtout était synonyme de vacances !! Ce qui est bien en terre sainte c’est que pour les fêtes religieuses, on nous donne des congés, 2 jours pour pâques. Nous en avons profité pour tous aller faire un break en Galilée. C’est un repos bien mérité et salvateur que nous avons trouvé. Mais là encore, la situation est présente…

Yann qui devait accompagner un groupe de donateurs italien en Galilée en a profiter pour nous prendre. Handal faisait parti du voyage, il a une permission permanente pour passer en Israël. Nous le récupérons de l’autre côté du check point piéton. Prenons mes colocataires qui ont fait nuit blanche pour la veillée de Pâques (ah ben on est à fond ou pas !!) et en route ! Nous prenons le chemin de la vallée du Jourdain, magnifique avec ses nombreuses cultures. A proximité de Beit Shean, il y a un check point. Nous montrons nos passeports et Handal sa permission. Nous avons la très mauvaise surprise de nous entendre dire qu’il n’a pas le droit de passer pas là. Les soldats étaient catégoriques. Après une discussion interne au bus, il paraissait difficile de rejoindre l’autre passage susceptible de laisser passer notre ami, les italiens ne partant que pour la journée… ils ont décidé de faire demi-tour. Pour nous 5, nous ne pouvions pas nous permettre de faire marche arrière, cela nous aurait fait perdre la journée. Nous nous renseignons pour savoir si nous pouvons passer à pied. Après vérification des sacs, des papiers de tout le monde et même recherche de traces d’explosifs, nous passons. Mais nous voilà à pied et pas tout près de notre point d’arrivée. Une voiture de location avec 2 anglais se sont fait vérifier en même temps que nous. Alors, nous profitons de l’occasion pour demander s’ils ne peuvent pas nous emmener jusqu’à la ville de Beit Shean. C’est possible mais ils n’ont que 3 places. Soit, les filles montent et Stéphane et moi faisons du stop. Après 10 minutes, un Mr « kipa » nous prend et nous dépose à un arrêt de bus un peu plus loin. Il nous conseillait de ne pas faire de stop ou d’attendre au check point, mais vu la situation nous ne vouions pas nous y éterniser. Et au passage, il nous demande quand même si nous sommes juifs !! A l’arrêt, nous ne voulions pas attendre un bus que nous n’avions toujours pas vu passer, nous reprenons donc notre marche. A peine quelques mètres, car un bédouin dans un gros 4*4 accepte de nous emmener jusqu’à la ville où les filles étaient déjà arrivées. En arrivant à la station de bus, quelle surprise devant nos yeux : un Mc Donald !! Après avoir pris connaissance des horaires de bus pour Tibériade, nous allons nous régaler d’un bon Big mac !! On survit sans fast food, mais c’est bon quand même !!!

Nous prenons le bus pour Tibériade, certains en profites pour finir leur nuit ! La communauté de l’Emmanuel, où nous logions, n’est pas située très loin de la station de bus. Mais Nicole et Michel, les gérants sont absents. Nous avons attendu un peu jusqu’à ce que 2 clients nous permettent d’’entrer. Je découvre un petit coin de paradis. La maison style colonial, surplombe le lac. Un immense jardin nous donne l’occasion de somnoler jusqu’à la fin d’après midi. Avec Marie qui se réveille avant les autres, nous allons faire un tour dans la ville. Tout est très différent de Bethléem. C’est beaucoup plus occidental, il y a peu d’arabe. Les filles sont très peu vêtues ! Même la nature est différente : verte, luxuriante, ultra colorée. Nous faisons quelques achats impulsifs !  Et dégustons une glace au bord du lac. La journée finissait mieux qu’elle n’avait commencé. A notre retour, les gérants, une petite femme montée sur pile et un homme plus posé, adorables, étaient rentrés et nos coloc’ réveillés. Nous avons pour nous un dortoir  au 2ème étage. Une bonne douche s’impose pour tout le monde tellement nous avons eu chaud ! Nous avons diné d’un sandwich fallafel (on ne se refait pas !) devant un lever de lune. Grande première pour Emilia et moi ! MAGNIFIQUE !!! Nous nous sommes promenés et avons bu un verre à une terrasse. De retour, petite discussion dans le jardin et fous rires fournis !!

Le programme du lendemain était chargé. Nous avons pris un bus pour le mont des Béatitudes. Il y a une très jolie église offrant une superbe vue sur le lac, entouré d’un magnifique jardin. Nous nous sommes posés un peu. Puis à pied, à travers des champs de manguiers et de bananiers, nous avons rejoint Capharnaüm et ses ruines. Une pause déjeunée juste à côté. Et c’est reparti à pied jusqu’à la primauté de Saint Pierre puis pour finir Tabgha, le lieu de la multiplication des pains. Tous les lieux sont magnifiques et nous permettent de nous évader de notre quotidien à Bethléem. En rentrant, nous faisons un peu de lèche vitrine. Le soir nous retrouvons caroline qui est restée clouée au lit… nous mangeons à la communauté. Et le soir nous retrouvons des clients français pour boire un verre.

Le mardi, levé 7h30, petit déjeuner et direction Arbel. Nous nous faisons déposer en taxi en haut des falaises. Nous les descendons à pied. Seul regret, le ciel était bouché et la vue n’était pas si belle qu’elle aurait pu l’être, bad luck !

Nous devons repartir en début d’après midi car Emilia et moi travaillons de nuit… après 3h de trajet, nous retrouvons notre chez-nous : les arabes souriants, notre paysage désertique, les klaxons, bref Bethléem !! Cela nous a vraiment fait du bien !! A refaire, très, très vite !!!!

         Le jeudi, Caroline et moi avons sorti notre plus belle voix pour encourager Marie et Yann qui ont participé au marathon de J Jérusalem, respectivement le 10 kms et le 21 kms.

Ce sont de jolis classements que l’un comme l’autre ont effectué. Marie est arrivée 328ème /1278 en 47 minutes 17 secondes et 30 centièmes. Et notre breton en 1 heure 51 minutes 7secondes et 37 centièmes est arrivé 351ème/ 778. Bravo les malades !!!

Surtout il ne faut pas oublier où l’on est, même si il y avait une bonne ambiance, il y avait aussi énormément de jeunes armés. Des groupes de l’armée ou de la police sont venus faire le marathon. Certains sont restés dans le stade pour garder les tas d’armes…

         Pour finir, mercredi dernier, nous sommes allés, Stéphane, Marie et moi à Ein Karem. Nous y retrouvons Dominika, notre ancienne colocataire allemande qui a fini son volontariat dans cet hospice pour enfants handicapés. L’hôpital est génial, super bien conçu, propre, vivant, très bien équipés. Les enfants sont bien entourés.

Ein Karem est très joli, c’est un village assez huppé, très artiste ( !), dans la verdure et le calme. C’est reposant !

Après l’hospice, Dominika nous emmène à L4hôpital Hadassah où se trouve une synagogue dont les vitraux ont été conçus par Chagall. Malheureusement, c’était fermé mais cela nous a ainsi permis de voir l’hôpital qui a la particularité d’avoir un office du tourisme et un centre commercial !!!

         Voilà pour mes dernières découvertes. Le tout à refaire très, très, très vite !!!

 

         Côté boulot, en revenant de Tibériade c’était le calme plat : 4 bébés !! Ça fait du bien mais on savait que c’était le calme avant la tempête. Et effectivement, la tempête n’a pas tardé à revenir pour nous donner jusqu’à 16 enfants…

Le dernier coup de cœur que j’ai eu, ce fût pour des triplés, une petite nana et 2 petits mecs. Trop chou !!!! Ils sont rentrés chez eux maintenant. Les 2 premiers le jour de la fête des mères (ce n’est pas la même date ici !). Leur maman, Suzan, était exceptionnelle. Elle était là du matin au soir et si elle avait pu dormir là elle aurait été présente la nuit. Elle ne parlait pas anglais mais nous arrivions à échanger grâce aux gestes, aux regards et aux 3 mots d’arabe que je peux sortir !! Ça restera comme une des belles rencontres que je peux faire ici. Nous sommes d’ailleurs invités à manger chez eux, j’espère que ça se fera !!

 

         Voili voilou, ralass (=assez) pour les dernières nouvelles !!

         Je vous embrasse tous très fort

 

         Eve

 

Ps : Pour les images, rendez-vous dans les liens !! Comme d’hab’ !!

 

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M
gros bisous du Cameroun, super ton appart....<br /> A très bientôt
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